Klänge des Augenblicks - Critique de Torsten Möller – 4 mai 2025

Ouvert sur le monde grâce à la musique intuitive

Le documentaire consacré à l’Ensemble für intuitive Musik Weimar montre un pan de l’histoire de la musique contemporaine en RDA et de sa relation avec Karlheinz Stockhausen. Le Concours international de composition de la Künstlerhaus Boswil y occupe également une place non négligeable.

05/04/2025
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Carte postale de Stockhausen à Michael von Hintzenstern, qui séjourna à Boswil fin 1976–début 1977 et rendit visite à Stockhausen lors de son trajet aller.

Des histoires que seule la vie peut écrire : Grâce à un prix remporté au Concours international de composition de Boswil, Michael von Hintzenstern peut entreprendre en 1976 son premier voyage à l’Ouest depuis la RDA. Il ne se contente pas du séjour de travail et d’étude de trois mois dans la Suisse rurale associé au prix ; il modifie également—sans l’autorisation du régime est-allemand—son itinéraire : cap sur Cologne pour rendre visite au « maître » vénéré Karlheinz Stockhausen. La conception de la « musique intuitive » de Stockhausen marquera à la fois Hintzenstern et son Ensemble für intuitive Musik Weimar (EFIM)—ainsi que le livre richement illustré et captivant Sons de l’instant, qui reproduit plusieurs documents manuscrits de leur correspondance.

Au centre de l’ouvrage se trouve l’histoire de l’ensemble fondé en 1980, formé de quatre musiciens à la fois hyperactifs et résolument expérimentateurs : Michael von Hintzenstern, à l’orgue et aux synthétiseurs ; Hans Tutschku, spécialiste de la musique électro-acoustique et électronique ; Daniel Hoffmann, le « jazzeux », au cor et à la trompette ; et Matthias von Hintzenstern, le plus souvent au violoncelle, mais aussi créateur d’installations sonores.

Au départ, les programmes sont centrés sur des œuvres de Stockhausen, telles que les quinze compositions-textes pour musique intuitive Aus den sieben Tagen (1968) ou le célèbre Tierkreis (1974/75). Peu à peu, et notamment après la chute du Mur en 1989, les programmes s’élargissent. Tutschku apporte de plus en plus son expérience de la musique électro-acoustique française, et l’EFIM choisit des lieux bien loin des salles de concert : parcs, jardins botaniques, ou encore mines de potasse à 670 mètres sous terre. L’ensemble peut désormais répondre à des invitations de concerts et d’ateliers dans trente pays sur quatre continents.

Les amateurs de musique expérimentale se régaleront de cette documentation. Mais l’ouvrage vaut aussi le détour pour quiconque s’intéresse à l’histoire culturelle de la RDA. La musique offrait justement des espaces de liberté ; des espaces que l’EFIM a su exploiter d’une manière étonnamment ouverte, intelligente et accueillante envers le monde.